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Allemagne : Friedrich Merz face au défi des réformes

il y a 16 heures
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Dernière mise à jour : il y a 20 minutes

cLa défaite de l’Union démocrate-chrétienne (CDU) dans les deux élections qui se tenaient dimanche 20 septembre en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et à Berlin fragilise le chancelier.

 

Pour la première fois de son histoire, le parti du chancelier Friedrich Merz n’entrera pas au parlement régional de ce Land réunissant le Mecklembourg, plutôt social-démocrate, et la Poméranie occidentale, plus conservatrice, marquée par le déclin démographique, l’exode rural et le chômage.

 

Avec 4, 9 % des voix, la CDU ne franchit pas le seul des 5 % requis pour être représentée. Le parti de droite radicale Alternative für Deutschland (AfD) arrive en tête avec 38, 2 % des voix (contre 21, 5 % en 2021), devançant de peu le parti social-démocrate (SPD) qui obtient 35, 5 % des suffrages. Deux semaines après la déroute infligée, le 6 septembre, par l’AfD à la CDU, au pouvoir depuis 2002 en Saxe-Anhalt, Friedrich Merz a lui-même qualifié ce résultat de « désastre ».

 

La sociale-démocrate Manuela Schwesig, ministre-présidente sortante du Land, devrait néanmoins conserver ses fonctions en formant une coalition avec Die Linke (6,5 %) et les Verts (5,7%). Même si elle n’a pas réussi à devancer l’AfD, sa remontée spectaculaire des derniers mois en fait une candidate potentielle du SPD à la chancellerie dans les années à venir. Une mauvaise nouvelle de plus pour Friedrich Merz, car l’ex-ministre fédérale de la famille dans le gouvernement d’Angela Merkel a gagné des voix en prenant ses distances avec le gouvernement fédéral, en particulier sur les coupes budgétaires prévues dans les retraites et les soins de longue durée.

 

La CDU échoue également à conserver la ville-État de Berlin, conquise aux sociaux-démocrates en 2023. Arrivé en tête en doublant son score de 2021 avec 25, 7 % devant la CDU (18,8%) et l’AfD (16, 3%), le parti de gauche radicale Die Linke pourrait gouverner la ville en formant une coalition tripartite avec les Verts (14, 3 %) et le SPD (12, 1%). La tête de liste du parti, Elif Arap, une avocate de 45 ans, fille de réfugiés politiques turcs, a axé toute sa campagne sur le coût des loyers en proposant de nationaliser les 220 000 logements appartenant à des investisseurs institutionnels. Une mesure controversée mais approuvée par les Berlinois lors d’un référendum en 2021.

 

 « Merz est comme un capitaine attaché au mât pour ne pas être emporté par-dessus bord »

 

Fragilisé depuis les élections du 6 septembre, accusé par Boris Rhein, ministre-président chrétien-démocrate du Land de Hesse, d’utiliser une rhétorique « dénuée d’empathie, digne des années 1990 », Friedrich Merz, grand perdant des élections, s’accroche à son poste de chancelier, « tel un capitaine d’antan qui s’est attaché au mât pour ne pas être emporté par-dessus bord », selon Hans-Ulrich Jörges, chroniqueur au quotidien Die Welt. « Il faut maintenant faire preuve de courage, de constance et de patience » a-t-il déclaré, en insistant sur la nécessité de mettre en œuvre le programme de réformes de son gouvernement sur les retraites, la dépendance et l’impôt sur le revenu.


Or, les chrétiens-démocrates semblent divisés sur la question: certains souhaitent intensifier les réformes tandis que d'autres veulent les atténuer par des allègements fiscaux supplémentaires. Boris Rhein appelle à un gel des prix du carburant et du chauffage ainsi qu'à un moratoire sur les réductions des allocations de congé parental et les hausses de taxes sur les produits alimentaires. Le chef de la CDU de Basse-Saxe exprime un souhait similaire. Friedrich Merz a lui-même évoqué "un problème d'équité" dans le délai de versement des prestations pour les personnes bénéficiant d'une assurance maladie privée et celles couvertes par l'assurance publique qui attendent des mois.


La chute du chancelier semble pour le moment écartée mais il va devoir gérer une situation délicate avec une très faible majorité au Bundestag. « La chancellerie dépend désormais entièrement des caprices de son environnement politique, c’est à-dire du soutien des ministres-présidents chrétiens-démocrates, de la direction de la CDU, du groupe parlementaire et de la base » analyse Nico Fried, journaliste au magazine Stern.

 

Jusque-là, la désunion parmi ses successeurs potentiels lui offrait un certain répit. Aucun ne semblait s’imposer, qu’il s’agisse du ministre-président de Rhénanie-du-Nord Westphalie Hendrik Wüst ou du ministre-président de Bavière, Markus Söder, par ailleurs président de l’Union chrétienne-sociale (CSU), la formation sœur de la CDU.

 

Cinq scrutins régionaux dans l’ouest du pays en 2025

 

Les cinq scrutins régionaux programmés en 2027 pourraient modifier ce fragile équilibre. Toutes ces élections se tiendront dans les Länder de l’ouest de l’Allemagne : le Schleswig-Holstein, la Sarre, Brême, la Basse-Saxe et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. L’AfD pourrait avoir plus de mal à y obtenir les mêmes résultats qu’à l’est du pays. La CDU/CSU, le SPD et les Verts y sont encore solidement implantés, comme l’a démontré la récente victoire de la CDU aux élections locales de Basse-Saxe. Presque tous ces Länder sont également dirigés par des ministres-présidents relativement populaires, issus de la CDU/CSU et du SPD.

 

D’ici là, les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates au pouvoir à Berlin disposent d’une fenêtre étroite pour s'entendre sur les modalités de leur programme de réformes et convaincre de leur nécessité une population très sceptique. Une gageure au moment où la pression monte sur la direction du SPD pour un changement de cap et un « réexamen » de cette « politique de froideur sociale ».

 


 
 
 

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