Allemagne: l’heure de vérité pour l’AfD
Après sa victoire « historique », l’Alternative für Deutschland (AfD) pourrait gouverner le Land de Saxe-Anhalt. Avec 39 sièges sur 83 au parlement régional, l’AfD n’a toutefois pas la majorité absolue et doit chercher le soutien d’autres partis.
L'AfD, le parti de droite radicale, classé comme parti d’extrême droite par l’Office de protection de la Constitution, cherche désormais le soutien d'autres partis pour gouverner. Il lui manque trois sièges dans le futur parlement de Magdebourg. L’AfD doit donc se préparer à des négociations et, peut-être, à faire des compromis. Une majorité stable devrait être « conquise dans les jours et les semaines à venir », affirme Ulrich Siegmund, sa tête de liste, « grâce au soutien, et plus précisément au soutien total, d'un groupe parlementaire ou de députés individuels ». Le candidat de l’AfD au poste de ministre-président de ce Land de l'ex-Allemagne de l'Est proposera des discussions à « tous les groupes parlementaires et tous les députés » à ce sujet.
Ulrich Siegmund fixe des conditions pour les trois parlementaires qui pourraient voter pour lui. Interrogé sur l'obligation pour les soutiens d'autres partis à un gouvernement régional dirigé par l'AfD de rendre public leur soutien, il répond : « Absolument, à cent pour cent. » Si l'on soutient quelque chose, « il ne faut pas se contenter de voter à bulletin secret, mais bien l'exprimer avec conviction et collectivement, c'est-à-dire dans un esprit de partenariat. » Autrement dit, un groupe parlementaire ou des députés devront soutenir ouvertement l'AfD.
L’AfD pourrait donc explorer la possibilité de former un gouvernement minoritaire avec le soutien sans participation du parti de gauche populiste pro-russe BSW (Alliance Sahra Wagenknecht). Avec cinq députés, le BSW peut jouer un rôle détermnant, soit en coopérant avec l’AfD, soit dans une alliance avec les autres partis. Sarah Wagenknecht a exclu une coalition avec l’AfD mais pas une coopération pour « changer de cap » sur la politique énergétique, la levée des sanctions contre la Russie, une meilleure éducation et une réforme en profondeur de l’audiovisuel public.
Autre option, sans doute préférée par Ulrich Siegmund, le ralliement à l’AfD d’un nombre suffisant de députés de la CDU au parlement régional. Sur 13 députés CDU, 3 dissidents suffiraient à faire basculer la majorité.
Dans tous les cas de figure, Ulrich Siegmund présentera sa candidature au poste de ministre-président devant le parlement régional. Et si la formation d’un gouvernement échouait, de nouvelles élections seraient envisageables. « Si nécessaire, il y aura tout simplement de nouvelles élections et nous aurions alors 50 ou 55 % des voix » affirmait-il, dimanche 6 septembre, sur la chaine ZDF. Pas si simple, toutefois. La Constitution prévoit un délai de six mois et une majorité des deux tiers des députés pour dissoudre le parlement et convoquer de nouvelles élections.
Le nouveau parlement régional doit se réunir au plus tard le 6 octobre, soit trente jours après le scrutin. Aucun délai n’est, en revanche, prévu pour la formation d’un gouvernement, ni l’'élection d’un ministre-président. En attendant, Sven Schulze, le ministre-président sortant chrétien-démocrate et son gouvernement, restent en fonction pour expédier les affaires courantes.
Avec 43,8 % des suffrages exprimés, l’AfD l’a emporté très largement sur l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU), arrivée en deuxième position avec 17,2 % des voix. Les trois partis de gauche – les sociaux-démocrates du SPD, les Verts et Die Linke – se tiennent entre 8,6 % et 9,3 % des voix. L’Alliance Sahra-Wagenknecht (BSW) s’établit à 5,3 %, au-dessus de la barre de 5 % nécessaire pour obtenir des sièges.
Commentaires