Trump-Poutine, le deal en devenir
- fdalancon
- 2 sept. 2025
- 4 min de lecture
L’un rêve du prix Nobel, l’autre veut restaurer une relation d’égal à égal entre Moscou Washington.
De sommet en sommet, le show doit continuer. Après Anchorage, Washington. Ensuite, peut-être, Genève, Vienne ou Istanbul. Et pour Donald Trump qui rêve du prix Nobel de la paix, une rencontre Trump-Poutine à Moscou viendrait idéalement consacrer la réussite du processus de paix. Pour l’heure, Moscou et Kiev s’accusent mutuellement de bloquer l’organisation d’une rencontre Poutine-Zelensky. Entre les pics d’audience de ces moments de grand spectacle, le président américain met en scène son imprévisibilité en soufflant le chaud et le froid, dans un teasing permanent pour capter l’attention. « Des temps intéressants nous attendent ! » lâchait-il sur son réseau Truth Social, avant de se donner « deux semaines » pour prendre une décision. L’adoption de sanctions ou de droits de douane « massifs » ? Laisser tomber l’affaire en disant aux uns et aux autres : « c’est votre combat » ? La voie vers la paix reste pleine de suspense.
Véritable exercice de téléréalité, la diplomatie trumpienne se veut une chorégraphie. L’important, sur la base militaire Elmendorf-Richardson avec Poutine, dans le bureau ovale avec Volodymyr Zelenski, ou la salle à manger d’État de la Maison-Blanche avec sept dirigeants européens, était de se retrouver, entre leaders, sans conseillers, ni documents. De jouer à Yalta, en direct, sous l’œil des caméras. « Les dirigeants aiment avoir le sentiment d’écrire l’histoire, même si les résultats sont souvent bien en deçà des promesses» souligne l’historienne Margaret MacMillan.
Douze jours après le sommet de l’Alaska, ni cessez-le-feu, ni accord de paix ne sont en vue. L’armée russe poursuit son offensive dans les régions de Donestk et de Dnipropetrovsk et ses bombardements sur les civils à coup de missiles et de drones. Le fossé entre Moscou et Kiev reste considérable sur les questions territoriales comme sur les garanties de sécurité. Vladimir Poutine veut faire reconnaître son pays comme une puissance capable de traiter d’égale à égale avec États-Unis. Le président russe laisse entendre que cette guerre ne peut être résolue sans un dialogue personnel avec lui, au plus haut niveau, sans les Européens, qualifiés par Moscou de « nains politiques ». Il a imposé à son homologue américain son approche des négociations : plus question d’obtenir un cessez-le-feu, préalable à l’ouverture de négociations, comme le souhaitait les Européens, mais de conclure un « accord global » s’attaquant aux « racines profondes » du conflit. Et il a, jusque là, écarté la menace de nouvelles sanctions américaines.
Le maître du Kremlin entend préserver sa relation avec Donald Trump sans rien céder de ses exigences maximalistes. Persuadé que le temps joue en sa faveur, il gagne du temps. Selon ses calculs, l’Ukraine se sera pas en mesure de soutenir le combat aussi longtemps que la Russie et les alliés occidentaux ne sont pas prêts à augmenter significativement leur aide civile et miliaire. En attendant, il tente de semer le trouble dans le camp adverse, chez les Ukrainiens, comme entre Américains et Européens. C’est ainsi qu’il faut comprendre sa proposition de « gel » de la ligne de front dans les régions de Zaporijia et Kherson, en échange d’un retrait ukrainien de la partie non occupée de l’oblast de Donetsk. Céder la « ceinture de forteresses » du Donbass, principale ligne de défense ukrainienne dans cette zone, reviendrait à un suicide politique pour Volodymyr Zelensky. L’insistance du Kremlin sur la nécessité de faire de la Russie un des principaux garant de la sécurité de l’Ukraine et le refus de tout déploiement de troupes européennes après un cessez-le-feu relèvent de la même logique. « Poutine veut une Ukraine dépourvue de souveraineté et d’indépendance, définitivement neutralisée » décrypte Alexander Gabuev, directeur du Centre Eurasie Russie à la fondatiion Carnegie. « Avec des droits pour les russophones et l’Église orthodoxe russe sous l’autorité du patriarcat de Moscou, il disposerait d’un outil puissant pour façonner la politique intérieure ukrainienne et s’assurer que l’Ukraine ne soit jamais totalement alignée sur l’Occident ou intégrée à celui-ci ».
Dans cet interlude diplomatique, Ukrainiens, Européens et Russes s’efforcent de « gérer » Trump pour rester dans ses bonnes grâces. Quelle que soit l’issue, les Européens devront payer. Sur Fox News, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a expliqué que Washington prélèverait une marge de 10 % sur les ventes d’armes américaines à l’Ukraine financés par les Européens. Ces 10 %, a-t-il ajouté, couvriront peut-être le coût d’un éventuel engagement militaire des Américains à assurer une protection de l’espace aérien ukrainien à l’issue de la guerre.
Le risque demeure de voir les États-Unis s’aligner sur les positions russes pour tenter de boucler au plus vite un accord de paix et de se dégager d’un conflit considéré comme secondaire pour leurs intérêts. Dans le couple improbable entre le champion autoproclamé de l’art du « deal » et l’ancien officier du KGB qui exerce sur lui une étrange fascination, Poutine semble avoir l’ascendant. Selon Susan Glasser, journaliste au New Yorker, « Trump croit toujours avoir une sorte de relation spéciale avec Poutine qui amènera comme par magie le président russe à mettre fin à une guerre qu’il a commencée et dans laquelle il pense avoir l’avantage ».
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