top of page
Rechercher

Varsovie et Berlin face au défi migratoire

Les deux pays ont rétabli des contrôles à leur frontière et veulent un durcissement de la politique d’asile de l’Union européenne.

 

La Pologne a rétabli, le 7 juillet, les contrôles sur ses frontières avec l’Allemagne et la Lituanie. L’Allemagne avait réintroduit des contrôles sur sa frontière avec la Pologne dès septembre 2024. Depuis que la Pologne a fortifié sa frontière avec la Biélorussie, le flux de migrants, en provenance de Minsk, entre en Pologne par la Lituanie et la Lettonie avant de se diriger vers  l’Allemagne. Confrontés à cette guerre hybride orchestrée par Moscou et Minsk, Varsovie et Berlin sont engagés dans un jeu de ping-pong autour des migrants, chacun affichant sa volonté de durcir sa politique migratoire sous la pression de l’opinion.


En Pologne, Robert Bakiewicz, 49 ans, vétéran de l’extrême droite polonaise, a fait monter la pression avec ses « patrouilles citoyennes » sur la frontière Oder-Neisse. Des vidéos de volontaires, vêtus de gilets jaunes, à Sublice, devant le pont sur l’Oder et quelques images nocturnes de migrants, barbus et menottés, ont suffi à hystériser le débat sur les réseaux sociaux. La victoire du candidat national conservateur Karol Nawrocki à l’élection présidentielle a relancé « la guerre au sommet » entre le chef de l’État et le chef du gouvernement. Une fois investi, le 6 août, le nouveau président entend contrecarrer le Premier ministre centriste Donald Tusk par tous les moyens possibles. Le Parti Droit et Justice (PiS) et l’extrême-droite (Konfederacja) accusent le gouvernement d’avoir « abdiqué » face aux autorités allemandes en laissant Berlin « inonder » la Pologne de migrants.


En quelques semaines, Robert Bakiewicz, proche du Parti national populiste Droit et Justice (PiS)  et fondateur, en mai dernier, de Ruch Obrony Granic ( ROG, Mouvement de défense des frontières ), est devenu le héros du camp nationaliste-catholique. Trois semaines avant de quitter ses fonctions, le président sortant Andrzej Duda a gracié ce trublion, condamné en 2023 à un an de travaux d’intérêt général pour atteinte à l’intégrité physique d’une manifestante pro-avortement. Deux prélats conservateurs lui ont également apporté leur soutien. Mgr Wieslaw Mering, évêque du diocèse de Woclawek, a suggéré dans un sermon que les frontières de la Pologne étaient menacées, à l’ouest comme à l’est. Mgr Antoni Dlugosz, évêque auxilliaire émérite de Czestochowa, a appelé à prier pour les « gardes-frontières bénévoles » de Robert Bakiewicz. Assez pour susciter une protestation du ministère polonais des affaires étrangères auprès du Saint Siège, dans une lettre remise le 15 juillet au chef du protocole du Vatican.


Sur la défensive, Donald Tusk fustige une équipe « prête à tout pour reprendre le pouvoir ». En mars 2025, le chef du gouvernement de centre-droit avait tenté, sans grand succès, de prendre de vitesse l’opposition nationaliste en suspendant suspend toute demande d’asile émanant de migrants ayant franchi la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, sauf en cas de blessure. « Dans ce climat de polarisation extrême, les patrouilles citoyennes semblent avoir pour but d’imposer des élections législatives anticipées plutôt que de résoudre les problèmes» décrypte le politologue et historien polonais Jaroslaw Kuisz.


De son côté, l’Allemagne, sous l’impulsion du chancelier chrétien-démocrate Friedrich Merz, a considérablement renforcé, début mai, les contrôles aux frontières, mis en place depuis octobre 2023 par son prédécesseur, le social-démocrate Olaf Scholz. Berlin refoule désormais vers la Pologne les migrants en situation irrégulière tentant d’entrer en Allemagne depuis le territoire polonais. Ces contrôles plus musclés ont empêché en moyenne 110 migrants par jour d’entrer en Allemagne, contre 83 migrants par jour au cours des quatre premiers mois de l’année. Pas de quoi pavoiser sur leur efficacité. « Ces contrôles sont un outil politique pour signaler à la population qu’elle est en sécurité. En pratique, ils ont surtout une portée symbolique » souligne Norbert Cyrus, chercheur à l’université européenne de Viadrina à Francfort-sur-l’Oder.


Le gouvernement entend parallèlement renforcer l’arsenal législatif contre l’immigration illégale. Le Bundestag a voté, fin juin, la suspension du regroupement familial pour les migrants bénéficiant de la « protection subsidiaire », c’est-à-dire ceux qui sont autorisés à rester même s’ils ne sont pas officiellement reconnus comme réfugiés. Dernier geste visible, un vol charter a transporté, vendredi 18 juillet, de Leipzig vers Kaboul, 81 Afghans condamnés par la justice pénale, une opération menée grâce à la médiation du Qatar.

Ce tour de vis généralisé contre l’immigration illégale produit des résultats : l’Allemagne n'est plus, depuis février, la première destination en Europe pour les demandeur d’asile. Elle arrive désormais en quatrième position derrière l’Espagne, l’Italie et la France.  Paradoxe, la nouvelle remise en cause de l’espace Schengen émane de deux pays confrontés au triple défi de la chute de la natalité, du vieillissement et de l’intégration. En moins de dix ans, la Pologne est passée du statut de pays d’émigration à celui de pays d’immigration, une réalité dictée par les besoins du marché du travail. Depuis 2018, le pays est devenu l’État de l’Union européenne qui délivre le plus de titres de séjour, même si le gouvernement se veut plus restrictif dans la délivrance de visas, les conditions d’obtention des titres de de séjour et l’accès à la nationalité. En Allemagne, le nombre des arrivées a chuté de 12 % en 2024 mais le pays le plus industrialisé d’Europe manque de bras et les entreprises peinent à recruter.


Le nombre de postes vacants était de 1,4 million au quatrième trimestre 2024.

Face au défi migratoire, la coopération entre Varsovie et Berlin, reste, malgré tout, à l’ordre du jour. Alexander Dobrindt, ministre allemand de l’Intérieur, a réuni vendredi 18 juillet en Bavière ses homologues français, polonais, autrichien, danois et tchèque, ainsi que le commissaire européen aux affaires intérieures et à la migration. Au programme, un « agenda européen de la migration » pour faciliter le retour de demandeurs d’asile déboutés ainsi que les accords de réadmission avec les pays tiers, renforcer les contrôles aux frontières extérieures de l’UE et la coopération dans la lutte contre les réseaux de passeurs.

 

 

 



 
 
 

Posts récents

Voir tout
Steve Witkoff, un ami américain au Kremlin

Steve Witkoff et Jared Kushner, les deux émissaires américains envoyés par Donald Trump, rencontrent, ce mardi 2 décembre,Vladimir Poutine à Moscou.   Pour le premier, ce sera son sixième déplacement

 
 
 

Commentaires


Ce site web est maintenu par François d'Alançon à Paris, France.

 

Il contient des publications personnelles et des liens vers des publications dont François d'Alançon est l'auteur. Ce site ne représente pas La Croix ni les autres médias référencés ou cités.

 

Si vous avez des questions sur le contenu publié sur ce site, veuillez utiliser le formulaire de contact.

Politique de confidentialité

© 2023 by François d’Alançon

bottom of page